• Présentation

    Le 18 avril 2018, à l'occasion du festival "Les Toutes Premières Fois", qui accueille des premiers films venus du monde entier, la classe de Terminale Littéraire du Lycée Alexis de Tocqueville à Grasse a proposé, au cinéma Le studio, une séance spéciale sur le thème de la Frontière, intitulée "Mondes à Part". Un choix éclectique de 6 films, sélectionnés dans le cadre de l'atelier de programmation mené de novembre 2017 à Avril 2018 par les intervenants artistiques de l'Association Héliotrope. Durant ce temps, les élèves ont débattu et analysé de nombreux courts métrages. Voici le résultat de leurs travaux critiques.

  • Corps Célestes

    « Corps célestes » est une fiction réalisée par Sebastien Guerrieri et Tim Aspert en France en 2016.

    C'est l'histoire d'un homme, seul, qui ère depuis 17 années dans un observatoire qui semble isolé du reste du monde. Seul le silence, la solitude et les souvenirs lui tiennent compagnie. La seule attache qu'il garde avec le réel, l'unique raison de sa présence est l'espoir d'un jour revoir Estelle, la femme qu'il aimait, revenir de son expédition spatiale. Il l'attend, ne voit plus les heures passer ni les jours et les nuits défiler. Il n'a plus aucune notion du temps. On assiste alors à la tentative d'un homme à communiquer avec l'espace attendant vainement un signe quelconque de la présence d'Estelle.

    Le film se rattache au thème de la frontière, notamment grâce à l'opposition de l'infiniment grand qu'est l'espace et l'infiniment petit qu'est l'être humain, prisonnier de sa finitude. La terre et sa gravité représente comme un poids qui rattache l'homme à son malheur et l'empêche d'aller dans l'espace, là où se trouve Estelle. Le vivant et la mort s'oppose, sans jamais s'énoncer clairement, tous deux rythmés par l'attente : l'attente de revoir sa femme, l'attente d'une réponse, mais également l'attente de mourir. La rencontre inattendue que va faire cet homme un jour témoigne de cette attente, on ne sait si la personne est morte, vivante, si elle est bien celle que le spectateur attend.

    J'ai apprécié ce court métrage car je le trouve très poétique et les visuels sont bien structurés : les plans qui montrent l'espace sont magnifique, il y a un réel travail sur les couleurs et les nuances.

    De plus, les réalisateurs insistent sur cette confrontation entre l'espace et la terre que subit le personnage principal, cela se ressent dans la mise en scène notamment au niveau des transitions entre les plans grâce à des fondus, qui montrent justement que cette frontière réelle qui existe est aux yeux du personnages minime car ces deux espaces sont sources de malheur pour cet homme, ils sont donc similaires dans les émotions qu'elles font ressentir au protagoniste et au spectateur par la même occasion. Le fait que la fin soit une fin ouverte laisse place à l'imagination du spectateur et prend donc une place importante dans l'élaboration de l'intrigue elle même. Cette fin ouverte entraîne différentes interprétations de ce court métrage.

  • Grid Correction

    Premier court métrage expérimental de notre sélection, « Grid correction » est une expérience déstabilisante pour le spectateur. En effet, il s'agit d'observer pendant 2 minutes, des enchaînements de plans zénithales pris par satellites où l'on suit une route, qui malgré le défilements de paysages différents, reste ininterrompu. Le tout accompagné d'une musique presque angoissante.

    Ce court métrage a un effet quasiment hypnotique sur le spectateur qui ne peut détacher son regard de cette route. Le thème de la frontière est explicitement exploité : la route sépare deux territoires, c'est un chemin qui semble unir la diversité des plans et créer un lien dans cet environnement.

    Ce court métrage est déstabilisant car les images s’enchaînent rapidement, créant un effet épileptique et dynamique à ce paysage linéaire. Le spectateur se laisse presque envoûter par cette ligne unie et claire qui s'oppose à la rapidité des plans.

    D'après moi, « Grid correction » peut constituer une première approche intéressante du cinéma expérimental, un genre trop souvent décrié par le public à cause de son originalité qui bouleverse les codes et les attentes du spectateur.

  • IL SILENZIO

    Il Silenzio est un court-métrage de Farnoosh Samadi Frooshani e Ali Asgari (Italie, 2016).

    Il Silenzio raconte l’histoire d’une mère et de sa fille kurde dans un hôpital en Italie. La petite fille est la seule à parler anglais et doit servir d’interprète en annonçant à sa mère sa grave maladie. Ce film nous fait partager la détresse des réfugiés causée par la barrière de la langue, plus particulièrement celle des enfants contraints de traduire pour leurs parents. On ne sait rien des personnages sinon qu’ils sont kurdes, mais on peut deviner qu’ils ont fui les persécutions dans leur pays, ce qui rend d’autant plus tragique les nouvelles épreuves qu’ils affrontent une fois en Italie.

    L’angle choisi est la maladie de la mère mais on se rend très bien compte de la pression énorme pesant sur la petite fille qui doit certainement aider ses parents à faire absolument tout. Cette détresse du personnage principal est montrée grâce à de nombreux gros plans sur son visage exprimant la souffrance. Dans ce film les émotions passent d’ailleurs bien plus par les gestes et les expressions que par les mots : très peu de paroles sont prononcées tout au long du film, et la musique n’intervient qu’à la fin.

  • APRÈS LE COL D' ISPEGUY

    Après le Col d'Ispéguy est un court-métrage de Patrick Vuittenez datant de 2015, d'une durée de 24 minutes. Ce court-métrage provient du travail de La Fémis, école de cinéma parisienne. Le personnage principal, un jeune adolescent, apparaît en train d'essayer de réparer une voiture. Celle-ci est accidentée, abandonnée dans ce qui semble être une forêt. C'est un lieu intérieur, inconnu comme intemporel. La réparation de la voiture semble être une obsession pour lui. Il cherche par tous les moyens à faire fonctionner la batterie. Le protagoniste parle à un homme. Il est inconnu pour le spectateur qui se questionne sur ce personnage car il n'apparaît jamais dans le cadre. Le personnage principal est également occupé par des éléments correspondant à sa tranche d'âge, c'est à dire l'amour timide qu'il ressent pour une jeune fille. Ce film parle de la thématique du deuil du père et de l'immense solitude que l'on peut ressentir. En effet, le personnage principal semble très seul : un père décédé, une mère absente, une jeune fille dont il est amoureux qui reste très neutre, des amis qui ne semblent pas vraiment le comprendre, ainsi que des personnages le rejetant (le beau-père de la jeune fille, le mécanicien...). Ainsi, la réparation de la batterie semble s’apparenter à la réparation du cœur du père. Le film retrace l'évolution du deuil, et le personnage laisse peu à peu partir son père, comme nous l'observons à travers la dernière scène du film. La mise en scène est très intéressante car le personnage principal est filmé de très près, en gros plan rapproché, et paraît quotidiennement concentré, préoccupé (les yeux plissés). Ce rapprochement réduit également la vision du spectateur qui ne voit alors plus que ce visage, et ne voit pas la voix à laquelle il parle. On s'éloigne du visible et donc du réel. Au fil du court-métrage, le spectateur comprend que le personnage inconnu provient de l'imagination du protagoniste : imaginant les paroles de son père. Ceci explique à la fois ses reproches, sa colère mêlée parfois d'une certaine tendresse. Ainsi, le personnage se voit d'un point de vue subjectif et imagine l'image que son père aurait de lui s'il le voyait.

     

    Le thème de la frontière est bien présente ici puisqu'il y a tout d'abord la frontière la plus évidente : barrière séparant la vie et la mort, que le protagoniste tente tant bien que mal de brouiller par l'imagination des paroles de son père. Une frontière se créé également entre la solitude et le calme du personnage, évoqué précédemment, et le groupe turbulent et joyeux que forme les adolescents de son âge. Une frontière se dégage aussi entre les classes sociales des personnages puisque le personnage principal vit avec de faibles moyens, il est livré à lui même car sa mère est très absente tandis que les autres adolescents vivent avec des moyens aisés et des parents présents. Une dernière frontière apparaît, c'est celle séparant l'âge du personnage principal et ses agissements qui semblent parfois être ceux d'une personne plus vieille, concernant la voiture de son père notamment, par exemple lorsqu'il va voir le mécanicien en affirmant que la batterie achetée ne fonctionne pas. J'ai apprécié ce court-métrage car je le trouve réaliste et attendrissant. Le thème du deuil reste un thème important et sérieux à aborder et ici il est très bien décrit, dans ses différentes étapes et évolutions. Malgré la durée du court-métrage, le spectateur ne s'ennuie pas une seule fois et est touché.

  • CUT OUT

    Le film « cut out » est un documentaire expérimental réalisé par Guli Silberstein en 2014. A travers ce court métrage, nous voyons la vidéo d'une jeune fille d'une dizaine d'années, qui semble se révolter face à un ennemi inconnu du spectateur . En effet son environnement est brouillé par une sorte de nuage gris qui nous empêche d'apercevoir son interlocuteur. L'image est de très mauvaises qualité ce qui appuie sur cette notion de brouillage. De plus, ce nuage gris qui enveloppe la jeune fille semble disparaître par moment, laissant apparaître un soldat et des journalistes qui la filme. Ce documentaire reprend la vidéo tristement célèbre d'une jeune fille en Palestine qui se révolte contre la présence militaire.

     

    Le brouillard qui cache l'image accompagné d'une bande son étrange aux tonalités psychédéliques oppressent le spectateur. Étant donné qu'on ne voit presque pas la source de l’agressivité de la jeune fille cela peut universaliser le propos, lui faisant incarner le rôle de symbole de résistance. L'image est de mauvaise qualité : c'est une caractéristique volontaire du réalisateur qui utilise un glitch pour trafiquer et brouiller l'image.

    A travers cette technique, le documentaire n'exprime plus uniquement le rapport dominant/dominé de l'armée face à la révolte mais bien une critique, une remise en question de cette vidéo.

    En effet l'utilisation de ce brouillard gris et de l'image de mauvaise qualité ouvrirait ce documentaire à un autre message ; celui sur la médiatisation excessive d'un fait. C'est là qu'intervient le thème de la frontière, entre le fait réel et la déformation médiatique. Le glitch montrerai cette falsification d'un fait par le biais des mensonges que peut véhiculer les médias.

    Ce court métrage m'a plu car il est révélateur de la frontière entre opinion publique et media, et j'ai apprécié sa réalisation originale grâce au glitch qui appuie et renforce le message de cette œuvre.

  • Association Heliotrope

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    Du lundi au vendredi de 10h00 à 18h00
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